Manuel Roret du Relieur

 
Accueil » La Reliure » Manuel Roret du Relieur » Première partie - Brochage » Chapitre 2
 
  « Table des matières

Préface

Première partie - Brochage

Notions préliminaires

Chapitre 1
Séchage


Chapitre 2
Assemblage


Chapitre 3
Glaçage et satinage


Chapitre 4
Pliage


Chapitre 5
Brochage


Deuxième partie - Reliure

 

 
Chapitre 2 - Assemblage

Assembler les feuilles imprimées, c'est les réunir, et les mettre en ordre pour en former des volumes. Cette opération se fait toujours après le SÉCHAGE.

Pour effectuer son travail, l'assembleur a besoin d'une table étroite, mais suffisamment longue pour qu'on puisse y placer à plat et à la file une quinzaine de piles ou tas de feuilles, les feuilles de chaque tas portant toutes la meme signature.

Si le volume a moins de quinze feuilles, on l'assemble en une seule fois ; s'il en a davantage, l'opération a lieu en deux ou trois reprises. Dans tous les cas, on compose les paquets, ou formes, d'un égal nombre de feuilles, celles de chaque tas ayant naturellement la même signature.

Avant de commencer son travail, l'assembleur doit s'assurer si, en empaquetant les feuilles après le séchage, l'imprimeur n'a commis aucune erreur. Pour cela, si l'ouvrage n'a qu'un volume, il examine si les feuilles de chaque paquet portent bien la même signature. Un coup d'oeil jeté sur le titre courant lui apprend si les feuilles, qui ont la signature convenable, appartiennent bien au même ouvrage. Enfin quand l'ouvrage est en plusieurs volumes, un chiffre ou une réclame, qui se voit sur la gauche de la ligne de pied, dont la signature occupe la droite, lui indique le volume.

On distingue deux sortes d'assemblages : l'assemblage à l'allemande et l'assemblage à la française. Nous ne nous occuperons que du premier, parce qu'il est le plus sûr, le plus rapide et le plus employé.

Supposons que le nombre des feuilles soit inférieur à quinze. L'assembleur divise celles de chaque signatures en paquets qui en contiennent une quantité déterminée, comme 500, 1000, etc. ; et qu'on appelle formes, après quoi il range ces paquets sur la table, en suivant l'ordre des signatures et allant de gauche à droite. En outre, il les dispose de façon que les signatures soient à sa gauche. De cette manière, la première forme à gauche renferme les feuilles marquées 1 ou A. Elle a à sa droite la forme dont les feuilles sont signées 2 ou B, de même que celle-ci a également à sa droite la forme contenant les feuilles 3 ou C, et ainsi de suite.

Ces préparatifs achevés, l'assembleur se place devant le premier paquet. Il appuie la main gauche sur le milieu du bord des feuilles, puis, avec le pouce de la main droite, qu'il a très légèrement mouillé, il soulève la première feuille par l'angle du côté où se trouve la signature, et la transporte sur le second paquet.

Il soulève de même la première feuille de ce paquet et la transporte, avec celle qu'il y a posée, sur le troisième paquet, où il prend encore une feuille, pour la transporter, avec les deux précédentes, sur le quatrième. Il continue ainsi jusqu'à ce qu'il ait pris une feuille sur tous les paquets.

En procédant de cette manière, la feuille 1 ou A se trouve nécessairement sur la feuille 2 ou B, de même que les deux feuilles 1 et 2 se trouvent sur la feuille 3 ou C, les feuilles 1, 2 et 3 sur la feuille 4 ou D, les feuilles 1, 2, 3 et 4 sur la feuille 5 ou E, etc. Quand l'assembleur a terminé de lever ce qu'il appelle une pincée de feuilles, il les bat par les bouts sur l'extrémité de la table et, en même temps, il les manipule dans tous les sens, afin de les dresser en faisant rentrer celles qui dépassent les autres. Enfin, il les plie en deux dans le sens des pointures produites au tirage, et il met à part l'espèce de cahier qu'elles forment, et qn'on désigne sous le nom de partie.

La première partie étant faite, on en forme une seconde, puis une troisième, une quatrième, une cinquième, etc., jusqu'à épuisement des paquets, et, à mesure qu'elles sont terminées, on les met les unes sur les autres, en les tournant barbes et dos, de dix en dix, disposition qui a principalement pour objet de donner de la stabilité aux piles et qui, de plus, en affaissant le papier, communique un aspect plus agréable à l'impression quand, pour une raison quelconque, on a cru devoir se dispenser du glaçage et du satinage.

En procédant comme il vient d'être dit, chaque partie forme un volume complet. Il n'en est plus de même quand le volume se compose d'un très grand nombre de feuilles, comme vingt, trente, quarante, etc. Dans ce cas, si l'on voulait assembler toutes les feuilles en une fois, il faudrait une table et, par suite un bâtiment d'une longueur, trop considérable. On y supplée en divisant les feuilles en trois portions égales ou à peu près, et l'on assemble ces portions l'une après l'autre, ce qui rend plus que suffisante la table employée pour les volumes de moins de quinze feuilles.

Supposons que les feuilles soient groupées par dix On s'occupe d'abord de l'assemblage des dix premières formes, de celles par conséquent, qui renferment les dix premières feuilles, depuis la signature 1 ou A jusqu'à la signature 10 ou J. On les range sur la table, en suivant l'ordre des signatures, et allant de gauche à droite, absolument comme ci-dessus, puis, également comme ci-dessus, on enlève les feuilles pour en faire des parties.

Les dix premiers paquets étant épuisés, on passe aux dix suivants, lesquels se composent des feuilles qui vont depuis la signature 11 ou K jusqu'à la signature 20 ou T inclusivement, et l'on répète pour eux les opérations que l'on a faites pour les précédents.

L'assemblage des autres paquets s'effectuant comme celui des vingt premiers, il est inutile que nous nous y arrêtions.

Quand toutes les feuilles sont groupées en cahiers ou parties, il faut les réunir pour en former des volumes. Il suffit pour cela d'assembler les parties de la même manière qu'on a assemblé les feuilles. C'est ce qu'on appelle mettre les parties en corps ou simplement mettre en corps. On range donc sur la table, en allant de gauche à droite, d'abord la pile des dix premières feuilles, puis celle des dix suivantes etc., et, lorsque toutes les petites piles sont placées, on enlève un cahier à chacune d'elles, en opérant comme nous l'avons dit ci-dessus pour les feuilles. Enfin, on empile les volumes en les tournant, de dix en dix, barbes et dos, en sens contraire.

Que l'ouvrage se compose d'un seul volume ou de plusieurs, le travail de l'assembleur ne varie en rien. Dans le cas de plusieurs, on assemble nécessairement les volumes l'un après l'autre.

Mais on n'assemble pas seulement les feuilles de texte ; on en fait autant pour les planches tirées à part. Toutefois, l'opération est ici plus simple. En effet, au lieu de grouper les planches en cahiers, on se contente de les placer les unes sur les autres en suivant l'ordre des numéros, et l'on sépare celles qui appartiennent à chaque volume au moyen d'une bande de papier, ordinairement de couleur, que l'on pose en travers et que l'on choisit assez longue pour dépasser un peu le paquet.

En exécutant son travail, l'assembleur a deux précautions importantes à prendre. Il doit :
1° Faire en sorte de ne pas lever plus d'une feuille à la fois sur chaque forme, parce qu'alors le volume aurait plusieurs feuilles de la même signature, ce qui décompléterait autant d'exemplaires ;
2° S'arrêter immédiatement si, en arrivant vers la fin d'une série de paquets, il s'aperçoit qu'il lui manque quelque feuille. Il faut alors collationner toutes les parties déjà faites, c'est-à-dire en compter les feuilles et, en même temps, en vérifier les signatures. Si une erreur a été commise, la seule manière de la réparer consiste naturellement à extraire la feuille du cahier où elle a été introduite en trop, et à l'ajouter au cahier où elle manque.

Après qu'on a assemblé toutes les feuilles imprimées, il en reste toujours un certain nombre dont l'ensemble ne pourrait pas former des volumes complets, parce que, pour une cause quelconque, celles de plusieurs signatures manquent. Ces feuilles constituent ce qu'on nomme des défets. Il faut plier avec soin toutes celles qui portent la même signature, puis les classer par ordre les unes sur les autres, et enfin en faire un paquet particulier. On est plus tard fort heureux de les trouver pour compléter des volumes dont une feuille a été déchirée ou maculée en totalité ou en partie.

Quand les volumes ont été entièrement assemblés, et qu'on a livré au brocheur ou au relieur les exemplaires dont on a besoin pour le moment, toutes les parties d'assemblage sont mises en ballot, de façon qu'elles représentent la valeur de huit à dix rames, suivant la force du papier. Pour égaliser chaque ballot, on alterne dans le placement la barbe et le dos. De plus, on en garantit les extrémités avec de fortes maculatures, c'est-à-dire des feuilles d'un papier commun, mais très solide, et on le serre avec des cordes au moyen d'une espèce de gros bâton qu'on appelle loup. Enfin, on colle sur chaque maculature une étiquette portant le titre de l'ouvrage et le nombre d'exemplaires ou de parties d'exemplaires contenu dans le ballot. Il n'y a plus alors qu'à, empiler les ballots dans un endroit sec et bien abrité de l'humidité.

Cette manière d'opérer, qui est généralement usitée, est certainement la plus commode et la plus sûre pour garantir à l'imprimeur et surtout à l'éditeur le nombre d'exemplaires complets que les tirages ont produit ; mais elle n'est pas avantageuse pour le brocheur.

L'ouvrière, qui reçoit à la pliure un volume ainsi, assemblé, se trouve en présence d'autant de points de repère à chercher qu'il y a de feuilles dans l'ouvrage ; de là et quelle que soit son habileté, des inégalites de pliure. Il ne saurait en être autrement; les premiers volumes pliés donnent lieu à des recherches continuelles pour asseoir les points de repère, ce qui est long et difficile. Et pourtant, il faut débiter beaucoup de travail, car le temps passe, et l'ouvrière risque fort de n'avoir gagné que peu de chose à la fin de sa journée. Il en est tout autrement quand elle reçoit une quantité de feuilles de la même signature : la première suffit à établir les points de repère et les autres se font couramment, le repérage étant toujours le même. D'un autre côté, si l'ouvrage doit contenir des planches ou, ce qui arrive souvent, s'il contient des feuillets où il faut remplacer des pages fautives, appelées cartons, le brocheur ou le relieur est forcé de désassembler pour intercaler dans les feuilles pliées les planches ou les cartons, sous peine de décupler son travail et de le rendre presque impossible si le volume doit renfermer un grand nombre de gravures. Même lorsqu'il n'en contient pas, le désassemblage s'impose pour la reliure, quand, au premier et au dernier cahiers, on place au préalable des gardes et des sauve-gardes, travail dont nous parlerons plus loin en temps et lieu.

Il serait donc préférable, à notre avis de faire des paquets séparés des feuilles de même signature, après les avoir vérifiées et comptées avec soin, et d'opérer l'assemblage après la pliure pour les ouvrages sans planches, ou après le placement de celles-ci dès que l'ouvrage doit en contenir.

Pour faire cette opération et quel que soit le nombre de cahiers dont se compose un livre, on place sur une table assez longue, ou une table autour de laquelle on puisse circuler, les feuilles 1 à fin, en les étalant à la suite l'une de l'autre, la première pile contenant toutes les feuilles 1, la deuxième toutes les feuilles 2, et ainsi de suite. L'ouvrière prend de sa main droite, par le haut, la première feuille et la place dans sa main gauche, avec laquelle elle la retient ; elle passe ensuite la deuxième feuille, la troisième, puis les autres et les retient entre le pouce et l'index. Mais cette méthode est assez fatigante, si le volume contient un certain nombre de feuilles. Pour obvier à cet inconvénient, nous conseillons de commencer par la dernière feuille, dont on fait glisser le ou les cahiers sur la main gauche étendue à plat, et ainsi de suite jusqu'à la première feuille ; de la sorte, la dernière feuille se trouve en dessous et la première en dessus. Alors on prend des deux mains tous les cahiers qui composent le volume ; on les secoue en les faisant tomber à plusieurs reprises sur le dos, puis sur la tête, pour que les cahiers se trouvent parfaitement à la même hauteur. Ceci fait, on pose sur la table le volume secoué et égalisé.

On opère de même pour un autre volume et on le place sur le premier, mais en le bêchevétant, c'est-à-dire en les plaçant tous les deux tête-bêche ; les barbes du second volume sur le dos du premier, pour bien asseoir et bien équilibrer les piles de volumes.






Fabrication du papier . Le lexique du papier . Atelier de reliure . Reliure d'art . Le lexique du relieur . Venir nous voir . Contact

© 2000-2017 Moulin à papier - Le Moulin du Verger - Papeterie artisanale - 16400 Puymoyen - France
30/03/2017 20:33:22 - réalisation : Laurent Michon, 2006-2009
  Valid HTML 4.01 Transitional